Me voici devant tous un homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu’un vivant peut connaître
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l’amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l’Artillerie et l’Infanterie
Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l’effroyable lutte
Je sais d’ancien et de nouveau autant qu’un homme seul pourrait des deux savoir
(…)
Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
Il y a aussi le temps qu’on peut chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l’illimité et de l’avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
(…)
Mais riez de moi
Hommes de partout surtout gens d’ici
Car il y a tant de choses que je n’ose vous dire
(…)
Guillaume Apollinaire, La jolie rousse
Mais, de ce que M. Vinteuil connaissait peut-être la conduite de sa fille, il ne s’ensuit pas que son culte pour elle en eût été diminué. Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir, et une avalanche de malheurs ou de maladies se succédant sans interruption dans une famille ne la fera pas douter de la bonté de son Dieu ou du talent de son médecin.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann
Ah ! Ce misérable empereur, à cette heure sans trône et sans commandement, pareil à un enfant perdu dans son empire, qu’on emportait comme un inutile paquet, parmi les bagages des troupes, condamné à traîner avec lui l’ironie de sa maison de gala, ses cent-gardes, ses voitures, ses chevaux, ses cuisiniers, ses fourgons, toute la pompe de son manteau de cour, semé d’abeilles, balayant le sang et la boue des grandes routes de la défaite !
Emile Zola, La Débâcle
Il semble qu’il soit impossible de se passer de l’ennemi. (..) le besoin est inné même chez l’homme doux et ami de la paix. Simplement, dans ces cas, on déplace l’image de l’ennemi, d’un objet humain à une force naturelle ou sociale qui, peu ou prou, nous menace et doit être combattue, que ce soit l’exploitation du capitalisme, la faim dans le monde ou la pollution environnementale. Mais, même si ce sont là des cas « vertueux », Brecht nous rappelle que la haine de l’injustice déforme elle aussi le visage.
Umberto Eco, construire l’ennemi et autres écrits occasionnels
There are three rules for writing a good book. Unfortunately, no one knows what they are.
S. Maugham (in A. Manguel, A Reader on Reading, p. 18)

(Source: vaurienlpg)

(Reblogged from temptoetiam)

— Puis-je signer le reçu ? demanda Solal.

— Vous pouvez, dit Mangeclous, mais mettez« sous toutes réserves expresses et absolues de tous mes droits généralement quelconques et en faisant des réserves même sur ces réserves. »

Albert Cohen, Mangeclous
Edouard Lunds(?) me raconte une belle histoire sur Dreyfus. A la fin de sa vie – après la guerre de 14 – il présidait une société d’entraide israélite qui eut un jour à examiner un cas douteux. S’ensuit une discussion, et certains se font les avocats de cet inconnu, peut-être calomnié. Pour clore le débat, on se tourne vers le vieux Dreyfus, suprême arbitre, et, dans un silence atterré, on l’entend répondre : « il n’y a pas de fumée sans feu… ».
Matthieu Galey, Journal(T1)
Messieurs ! ce sabre… est le plus beau jour de ma vie. Je rentre dans la capitale, et si vous me rappelez à la tête de votre phalange, messieurs, je jure de soutenir, de défendre nos institutions et au besoin de les combattre.
Henry Monnier, Grandeur et décadence de Monsieur Joseph Prudhomme
- Qu’ordonnez-vous, messire ? demanda Fagot en se tournant vers l’homme masqué.
- Eh bien…, répondit celui-ci d’un air pensif, il faut prendre ces gens comme ils sont… Ils aiment l’argent, mais il en a toujours été ainsi… L’humanité aime l’argent, qu’il soit fait de n’importe quoi : de parchemin, de papier, de bronze ou d’or. Ils sont frivoles, bien sûr… mais bah !… la miséricorde trouve parfois le chemin de leur cœur… des gens ordinaires… comme ceux de jadis, s’ils n’étaient pas corrompus par la question du logement… (et à voix haute il ordonna :) Remettez cette tête en place !
Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite

(…)
Catane et Palerme t’ont plu.
Je n’en dis rien ; nous t’avons lu ;
Mais on t’accuse
D’avoir parlé bien tendrement,
Moins en voyageur qu’en amant,
De Syracuse.

Ils sont beaux, quand il fait beau temps,
Ces yeux presque mahométans
De la Sicile ;
Leur regard tranquille est ardent,
Et bien dire en y répondant
N’est pas facile.

Ils sont doux surtout quand, le soir,
Passe dans son domino noir
La toppatelle.
On peut l’aborder sans danger,
Et dire : ” Je suis étranger,
Vous êtes belle. “
(…)

Alfred de Musset, A mon frère, revenant d’Italie